Femme assise dans un fauteuil tenant son pied douloureux, avant une opération de l’articulation du gros orteil

La chéilectomie est l’opération qui conserve l’articulation en cas d’hallux rigidus : le chirurgien retire les becs osseux de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil et le tiers supérieur de la tête du premier métatarsien, pour que l’orteil puisse se relever. Elle se fait le plus souvent en ambulatoire, avec un appui précoce, l’ablation des fils après deux semaines environ et la mobilisation de l’articulation dès le premier jour. Ce n’est pas une arthrodèse : l’articulation reste en place et mobile.

Qu’est-ce qu’une chéilectomie ?

Le mot vient du grec cheilos, la lèvre. Il désigne la lèvre osseuse qui se forme au bord de l’articulation en cas d’arthrose du gros orteil. Lors du déroulement du pas, ces becs osseux butent l’un contre l’autre, l’articulation se bloque et fait mal. L’intervention supprime précisément ce blocage : elle retire les becs osseux et la partie la plus haute de la surface articulaire de la tête du métatarsien, au maximum un tiers. Le reste du cartilage, et donc l’articulation, est conservé.

C’est donc l’intervention la plus limitée envisageable en cas d’arthrose du gros orteil. Elle conserve l’articulation et laisse toutes les autres options ouvertes : si l’arthrose progresse des années plus tard, une arthrodèse ou une prothèse restent possibles. Le guide sur l’hallux rigidus explique ce qu’est cette maladie et quels en sont les stades.

Quand une chéilectomie est-elle indiquée en cas d’hallux rigidus ?

Elle est indiquée lorsque l’interligne articulaire est encore bien visible sur la radiographie, et que le cartilage est donc en grande partie conservé : aux grades I et II, et dans certains cas choisis au grade III, tant que plus de la moitié du cartilage de la tête du métatarsien est présente. La plus grande étude à long terme sur le sujet, 110 patients suivis en moyenne 9,6 ans, a trouvé pour ces groupes des résultats bons et prévisibles. Ce sont surtout les personnes physiquement actives qui en profitent, qui veulent garder leur articulation et chez qui les mesures conservatrices (semelle rigide, semelle orthopédique, kinésithérapie) ne suffisent plus.

Pour qui la chéilectomie n’est-elle pas adaptée ?

Au grade IV, c’est-à-dire quand l’interligne a disparu, et au grade III avec moins de la moitié du cartilage restant, retirer les becs osseux n’apporte plus rien, car la douleur vient alors de l’articulation détruite elle-même. L’arthrodèse est ici la voie fiable. De même, si vous n’êtes pas prêt à mobiliser l’articulation chaque jour après l’intervention, parlez-en d’abord avec le chirurgien, car la mobilité gagnée ne tient que si elle est utilisée pendant les premières semaines.

Comment se déroule une chéilectomie ?

Dans la plupart des cliniques, l’intervention se fait en ambulatoire. Pour l’anesthésie, on peut envisager une anesthésie générale, une rachianesthésie ou un bloc à la cheville, qui n’anesthésie que le pied. Le choix se fait entre le médecin anesthésiste et le patient.

Le déroulement au bloc opératoire :

  1. Le chirurgien incise au-dessus ou sur le côté interne de l’articulation du gros orteil et ouvre la capsule articulaire.
  2. La membrane synoviale enflammée est retirée.
  3. Les becs osseux situés en haut, à l’intérieur et à l’extérieur de l’articulation sont retirés, ainsi que 25 à 35 % de la tête du métatarsien avec la surface articulaire abîmée.
  4. Le chirurgien vérifie la mobilité : l’objectif est de 70 à 90 degrés d’extension vers le haut. Si ce n’est pas suffisant, un petit coin osseux est en plus retiré de la première phalange de l’orteil (ostéotomie de Kessel-Bonney ou de Moberg), ce qui allonge la rééducation.
  5. La capsule est suturée, la peau refermée, un pansement légèrement compressif est posé.

Certaines cliniques proposent l’intervention en technique mini-invasive (percutanée) : les becs osseux sont retirés par de petites incisions à l’aide d’une fraise. Cela dépend de ce que montre l’examen dans chaque cas.

Quelles sont les suites d’une chéilectomie ?

Les protocoles des cliniques diffèrent, surtout sur la durée du port de la chaussure postopératoire. Le tableau indique donc des fourchettes. C’est l’équipe qui vous opère qui fixe le protocole qui s’applique à vous, et il faut s’y tenir.

Délai après l’opération Ce qui est habituel
Jour 0 à 2 surélever le pied plus haut que le genou ; appliquer du froid plusieurs fois par jour ; antalgiques selon la prescription ; premiers pas dans la chaussure postopératoire à semelle rigide, le plus souvent en appui sur le talon, avec des cannes si besoin
Jour 1 début des exercices de mobilisation de l’articulation du gros orteil, en douceur et sans forcer
Jour 2 à 14 changement du pansement tous les deux à trois jours, pas d’eau sur la plaie, prévention de la phlébite (thrombose), début de la kinésithérapie
Jour 12 à 14 ablation des fils ; la douche est ensuite autorisée
Semaine 2 à 6 arrêt de la chaussure postopératoire selon le protocole (au plus tôt après 2 semaines, au plus tard après 6) ; passage à une chaussure large et confortable ; kinésithérapie et exercices d’auto-rééducation poursuivis
Semaine 6 à 8 fin des exercices d’auto-rééducation selon le protocole ; quotidien presque normal
Semaine 10 activité sportive légère, si l’équipe médicale est d’accord
Mois 3 à 4 le gonflement disparaît complètement

Combien de temps faut-il porter la chaussure postopératoire ?

Pour la simple ablation des becs osseux, deux semaines sont habituelles ; certaines cliniques autorisent l’appui dès le lendemain de l’opération dans une chaussure normale et large. D’autres font porter la chaussure postopératoire par précaution jusqu’à six semaines. Si l’os a en plus été corrigé, par le retrait d’un coin osseux ou un raccourcissement du métatarsien, un protocole plus long s’applique : quatre semaines sans dérouler le pas sur l’avant-pied et une radiographie de contrôle avant d’autoriser la chaussure normale.

Que faut-il éviter après une chéilectomie ?

  1. Ne pas conduire soi-même tant que la chaussure postopératoire est en place : le véhicule ne peut pas être manœuvré en toute sécurité. Le moment de la reprise, c’est l’équipe qui vous a opéré qui le fixe ; en général, pas avant que le pied supporte pleinement l’appui dans une chaussure normale.
  2. Ne pas étirer en force contre la douleur. Les exercices sont doux, la mobilité vient par la répétition.
  3. Pas d’eau sur la plaie tant que les fils ne sont pas retirés.
  4. Ne pas reprendre le sport trop tôt : activité légère à partir de la semaine 10 environ, course et randonnée nettement plus tard, après accord de l’équipe médicale.
  5. Ne pas rester toute la journée debout. Le gonflement est normal pendant les premières semaines et diminue plus vite en surélevant le pied.

Quels exercices sont importants après une chéilectomie ?

L’objectif de l’opération est la mobilité. La rééducation n’est donc pas une période de repos, mais une période de mouvement. La raison tient à l’articulation : après toute intervention, la capsule articulaire a tendance à adhérer. Une seule semaine d’immobilisation suffit à raccourcir la membrane synoviale et à faire apparaître des adhérences (Akeson et al. 1987). Garder instinctivement immobile l’articulation opérée, c’est perdre une partie de ce que le chirurgien vient de gagner.

C’est pourquoi des exercices doux sont habituels dès le premier jour : guider prudemment l’orteil avec la main vers le haut et vers le bas, sans forcer, dans la zone sans douleur, plusieurs fois par jour. Un protocole répandu prévoit deux fois 10 minutes par jour pendant six à huit semaines. La kinésithérapie mobilise en plus l’articulation, agit contre le gonflement et rééduque ensuite la marche. Douze séances sont une prescription habituelle.

Combien de temps dure la convalescence après une chéilectomie ?

La plaie est cicatrisée après 12 jours environ. Selon le protocole, la marche au quotidien redevient possible dans une chaussure normale après deux à six semaines. C’est le gonflement qui dure le plus longtemps : jusqu’au troisième, parfois au quatrième mois, un pied plus enflé le soir est normal. Il peut falloir trois à six mois avant que l’articulation utilise pleinement sa nouvelle mobilité et que le quotidien se déroule sans précaution. Dans les études à long terme, l’extension vers le haut est passée en moyenne de 14,5 à 38,4 degrés.

Combien de temps dure l’arrêt de travail après une chéilectomie ?

Cela dépend du métier et du protocole. Les durées indiquées par les cliniques varient beaucoup ; elles proviennent de cliniques en Allemagne :

Activité Arrêt de travail (fourchette des cliniques en Allemagne)
Surtout assise quelques jours à 2 à 4 semaines
Surtout debout ou en marchant environ 2 semaines à 8 à 12 semaines
Avec correction osseuse supplémentaire le plus souvent jusqu’à la semaine 6

Les valeurs courtes valent pour la simple ablation des becs osseux avec appui précoce, les longues pour les protocoles avec port prolongé de la chaussure postopératoire ou pour les métiers qui sollicitent beaucoup le pied. Qui peut télétravailler en gardant le pied surélevé reprend souvent tôt. Le trajet compte aussi : avec la chaussure postopératoire, on ne conduit pas soi-même.

Quels sont les risques d’une chéilectomie ?

C’est une intervention de routine, avec les risques habituels de toute opération du pied : trouble de la cicatrisation, infection, thrombose, trouble de la sensibilité sur le côté interne de l’orteil si un petit nerf de la peau est irrité, et un gonflement qui peut durer jusqu’à quatre mois. Dans une étude allemande à long terme portant sur 60 patients, 4 avaient un trouble durable de la sensibilité et 3 un retard de cicatrisation ; aucun n’a eu besoin d’une seconde opération.

Deux risques sont propres à cette intervention. Si l’on retire trop peu, le blocage persiste ; si l’on retire trop, l’articulation peut devenir instable. Les deux dépendent de l’expérience de l’opérateur, une raison de choisir un chirurgien du pied reconnu. Et l’arthrose elle-même continue. Les becs osseux peuvent se reformer au fil des années ; l’effet tient à moyen terme, dans les études pendant de nombreuses années, mais pas pour toujours. Rarement, des patients trouvent leur articulation moins bonne qu’avant l’intervention.

Comment les patients vivent-ils les suites d’une chéilectomie ?

Nous ne reproduisons pas ici de témoignages individuels, les chiffres des études à long terme sont plus parlants. L’étude américaine portant sur 19 ans de pratique (Coughlin et Shurnas 2003) a trouvé un résultat subjectif bon ou très bon chez 97 % des patients ; 92 % des interventions ont été un succès sur la douleur et la fonction. Dans l’étude allemande de Hanovre (Waizy 2010), après huit ans, 86 % des patients ayant eu une simple ablation des becs osseux étaient satisfaits ou très satisfaits ; au grade I, 78 % n’avaient plus de douleur, au grade II, 74 %.

Ce que vivent typiquement les patients : les deux premières semaines sont marquées par le gonflement, la surélévation du pied et les changements de pansement. La mobilité progresse sur des semaines, pas sur des jours, et elle progresse avec les exercices. Le pied gonflé le soir inquiète beaucoup de patients, mais il est normal jusqu’au troisième mois. Et la douleur au déroulement du pas, qui accompagnait chaque pas avant l’opération, disparaît tôt chez la plupart.

Conclusion

La chéilectomie est la petite intervention qui conserve l’articulation aux stades précoces de l’hallux rigidus, le plus souvent en ambulatoire, avec un appui précoce et de bons résultats à long terme. Ce qu’elle apporte se joue dans les semaines qui suivent : qui mobilise l’articulation doucement et chaque jour dès le premier jour, prend au sérieux la chaussure postopératoire et la surélévation du pied, et attend le feu vert de l’équipe médicale pour le sport et la conduite, garde en général la mobilité gagnée.

Questions fréquentes sur la chéilectomie

La chéilectomie est-elle efficace contre l’hallux rigidus ?

Oui, aux grades I et II et, dans certains cas choisis, au grade III, tant que plus de la moitié du cartilage est conservée. L’intervention améliore alors la douleur et la mobilité pendant de nombreuses années, chez 97 % des patients dans la plus grande étude à long terme. Au grade IV ou si le cartilage est très abîmé, l’arthrodèse est la meilleure voie. C’est le chirurgien du pied qui décide, à partir de la radiographie.

Faut-il porter la chaussure postopératoire la nuit ?

Cela dépend du protocole de votre clinique. Certaines équipes demandent la chaussure postopératoire seulement pour marcher, d’autres jour et nuit, pour que le pied ne se torde pas sans le vouloir pendant le sommeil. Posez explicitement la question avant votre sortie et tenez-vous à la réponse. Pour la simple ablation des becs osseux, la durée du port va de deux à six semaines.

Quand peut-on conduire après une chéilectomie ?

Pas tant que la chaussure postopératoire est en place : avec elle, le véhicule ne peut pas être manœuvré en toute sécurité. La reprise vient en général quand le pied supporte pleinement l’appui dans une chaussure normale, soit après deux à six semaines selon le protocole ; c’est l’équipe qui vous a opéré qui le décide. Cela vaut aussi pour le trajet vers le travail et compte dans la durée de l’arrêt de travail. Pour rentrer chez vous après l’intervention, il vous faut un accompagnant.

La chéilectomie se fait-elle en ambulatoire ?

Oui, une chéilectomie isolée se fait en ambulatoire dans la plupart des cliniques, sous anesthésie générale, rachianesthésie ou bloc à la cheville (anesthésie locorégionale du pied). Vous rentrez chez vous le jour même et avez besoin de quelqu’un pour vous raccompagner. Si l’os est en plus corrigé ou raccourci, un court séjour de quelques jours à l’hôpital peut être nécessaire. La consultation préopératoire avec le chirurgien permet de le déterminer.

Quand reprendre le sport après une chéilectomie ?

Selon de nombreux protocoles, une activité sportive légère est possible à partir de la dixième semaine environ, la natation et le vélo souvent plus tôt que la course. La course et la randonnée viennent nettement plus tard, vers le sixième mois d’après des protocoles de rééducation généraux. Ce qui compte, c’est l’accord de l’équipe qui vous a opéré, qui évalue la cicatrisation et le gonflement. Un pied encore gonflé est une raison d’attendre.


À propos de l’auteur : Le Dr Franz Freuler est spécialiste FMH en chirurgie orthopédique. Il est cofondateur et directeur technique de la société U-Sana Medical AG, à Oberwil, près de Bâle.

Ce guide fournit une information générale et ne remplace pas un examen médical. C’est le médecin qui vous suit qui décide si une mesure convient dans votre cas.

Sources

  1. Coughlin MJ, Shurnas PS. Hallux rigidus. Grading and long-term results of operative treatment. J Bone Joint Surg Am 2003;85:2072-2088. PubMed 14630834
  2. Waizy H, Czardybon MA, Stukenborg-Colsman C, Wingenfeld C, Wellmann M, Windhagen H, Frank D. Mid- and long-term results of the joint preserving therapy of hallux rigidus. Arch Orthop Trauma Surg 2010;130:165-170. PubMed 19306008
  3. Akeson WH, Amiel D, Abel MF, Garfin SR, Woo SL. Effects of immobilization on joints. Clin Orthop Relat Res 1987;219:28-37. PubMed 3581580
  4. my-medibook, Dr. med. Stefanie Kriegelstein, Prof. Dr. med. Markus Walther : chéilectomie, technique opératoire (en allemand). my-medibook.de
  5. OGAM Orthopädie Wuppertal : chéilectomie de l’articulation du gros orteil (en allemand). ogam.de
  6. Wuppertaler Fuß-Initiative : chéilectomie de l’articulation du gros orteil (en allemand). wupperfuss.de
  7. Die Unfallpraxis Berlin, Dr. med. Malte Kettler : chéilectomie (en allemand). die-unfallpraxis.de
  8. Orthopraxis Gräfelfing, Dr. med. Ulrich Pfleghar : protocole de rééducation après chéilectomie et après chéilectomie avec ostéotomie chevron (PDF, en allemand). fusschirurgie-pfleghar.de
  9. St. Elisabeth-Hospital Meerbusch, Dr. Robert Van Ende : information des patients sur l’hallux rigidus (PDF, en allemand). rrz-meerbusch.de
  10. Meliva Gelenkzentrum : rééducation après une opération de l’hallux valgus et après un traitement de l’hallux rigidus conservant l’articulation (en allemand). meliva.de
  11. Gelenk-Klinik Gundelfingen, Dr. med. Thomas Schneider : hallux rigidus, arthrose de l’articulation du gros orteil (en allemand). gelenk-klinik.de
  12. ATOS Kliniken Heidelberg, Dr. med. Thomas Geyer, Dr. med. Steffen Berlet : hallux rigidus, peut-on éviter l’arthrodèse de l’articulation du gros orteil ? (en allemand). news.atos-kliniken.com

État des sources : 9 octobre 2026. Les sources en ligne ont été consultées à cette date, les études sont accessibles via PubMed.